L’arrestation de Zhang Youxia : une lutte de fraction masquée par la campagne “anti-corruption”

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Auteur: Dao Chongyuan

Le 24 janvier 2026, le comité central du Parti Communiste Chinois (PCC) a décidé d’ouvrir une enquête sur Zhang Youxia, le vice-président de la Commission Militaire Centrale (CMC) et membre du bureau politique du PCC sous prétexte de “violations graves de la discipline et de la loi”. [1] Dans un article publié dans le Quotidien de l’Armée populaire de libération intitulé Remporter résolument la bataille décisive, durable et globale de la lutte anticorruption au sein de l’armée , il est inscrit que : 

“La décision du Comité central d’ouvrir une enquête et une procédure d’examen à l’encontre de Zhang Youxia et Liu Zhenli pour des faits présumés de graves violations de la discipline et de la loi démontre une nouvelle fois l’attitude claire du Comité central du Parti et de la Commission militaire centrale consistant à combattre la corruption sans zones interdites, avec une couverture totale et une tolérance zéro, en enquêtant sur chaque affaire, quel qu’en soit le nombre, et en creusant jusqu’au bout, quelle que soit la profondeur des implications.” [2]

Il est clair que “les violations graves de la discipline et de la loi” évoquées par le porte-parole de l’armée populaire de libération s’agit d’ici de la corruption. Néanmoins, nous pouvons nous interroger, la corruption est-elle vraiment la cause de cette purge ou il y a d’autre cause plus probable ? Nous ne cherchons pas à répéter les propagandes des médias anti-communiste racontant qu’il s’agit d’une simple lutte de fraction sans analyse concrète. Nous sommes un collectif marxiste, ainsi nous devons apporter une analyse marxiste de la purge de Zhang Youxia prenant compte des contradictions au sein de l’actuel direction de l’armée mais aussi du parti.

Pour commencer, voyons un peu qui est Zhang Youxia. Zhang Youxia est né à Pékin, il est le fils du célèbre général Zhang Zongxun. Il a adhéré à l’armée en 1968 en pleine Révolution culturelle. Il a ensuite participé à la guerre sino-vietnamienne dans laquelle le social impérialisme chinois a décidé d’attaquer les révisionnistes vietnamiens. Durant cette guerre, il a participé au bataille de Laoshan faisant de lui l’un des rares généraux ayant une expérience de combat.

En 2000, il est devenu commandant du 13e groupe d’armées sous la direction de Hu Jintao et des tuanpais [3]. Puis en 2005, il est devenu vice-commandant de la région militaire de Pékin sous la période Hu-Wen [4]. Il a été promu commandant de la région militaire de Shenyang en 2007 et est devenu membre du Comité central du Parti communiste chinois. En 2017, en tant que membre du Politburo du PCC, il est devenu le deuxième vice-président de la CMC sous la direction de Xi Jinping. Il est ensuite devenu le premier vice-président de la CMC en 2022. Enfin récemment, il a été arrêté pour corruption comme nous avons pu l’évoquer plus haut.

Depuis 2012, le début du mandat de Xi Jinping, Xi a lancé une campagne contre la corruption en attaquant et punissant sévèrement les cadres corrompus. Cependant, ceci n’est que du discours officielle. Nous pouvons nous demander qu’en est-il de la réalité ?

En effet, suite à la Réforme et l’Ouverture initiée par Deng Xiaoping, la question de la corruption est devenue une question majeure. Depuis la restauration capitaliste, le problème de la corruption s’est développé au sein des hauts dirigeants de la Chine. Ainsi, certains vont dire que l’initiative de Xi est alors très juste puisqu’elle présente un enjeu majeur à la politique chinoise. Néanmoins, il est important de souligner qu’on vit dans un monde où la majorité des pays sont des Etats bourgeois. Par ailleurs, la Chine elle aussi est un Etat bourgeois dirigé par une bourgeoisie bureaucrate publique suite à la restauration capitaliste. 

En Chine, le Parti communiste ne se contente pas de diriger la bourgeoisie : il en fait partie. Ce n’est pas comme en Europe, où l’État est soumis aux grands capitalistes ; ici, le parti et l’appareil d’État structurent la bourgeoisie et sont eux-mêmes structurés par elle. Les plus grandes fortunes du pays sont souvent des cadres du parti, et les privatisations ont surtout profité à ces apparatchiks opportunistes. Contrôler la bourgeoisie ne veut pas dire représenter le prolétariat : le parti constitue lui-même un sujet collectif bourgeois avec des intérêts matériels dans le système de « socialisme de marché » , postes, propriété, stabilité, tout en intégrant on ne le nie pas, des facteurs idéologiques, ils sont très différent du marxisme classique, ils sont beaucoup moins importants pour cette classe et sont une abomination de révisionnisme et de déformation du marxisme justifiant l’exploitation, mais ils existent bel et bien et compte toujours (on précise cela pour ne pas non plus les portrayer comme tous des cyniques bien que ce soit souvent le cas).

Ainsi, il n’est pas anodin que Xi ait décidé de lancer une telle campagne pour au final aboutit à un changement mineur qui n’a qu’un petit impact. De fait, derrière la campagne de lutte contre la corruption se cache en réalité une lutte des fractions.

En effet, il faut souligner que l’arrivée au pouvoir de Xi s’est réalisée en effet par elle aussi une lutte de pouvoir entre les tuanpais et les xiistes qui luttent pour la direction de la Chine. 

Beaucoup connaissent l’histoire du coup d’état et de la restauration capitaliste en Chine: à la mort de Mao Zedong, tous les militants communistes de gauche sont attrapés et emprisonné lors d’une mannoeuvre illégale organisée par des partisans de Deng Xiaoping au sein du PCC. Ils sont torturé et condamné à mort avant de voir leur peine réduite a la perpétuité. Deng Xiaoping arrive et commence les réformes.

Cependant, celà ne signifie pas la fin des luttes de lignes au sein du PCC. Après les premières réformes de Deng deux grandes factions se montre: les tuanpais, représentant le capital privé, la bourgeoisie comprador, l’accroissement de la réforme, et ce que l’on pourrait appeler des “dengiste conservateurs” qui représentent plus la part du capital publique donc cette bourgeoisie bureaucratique très alignée sur le parti, très étatisée, encore assez planifiée etc etc… 

On a eu Jiang Zemin qui peut être vu comme une sorte de compromis entre les deux puis Hu Jintao qui était le grand représentant des tuanpais et du marché dans les années 2000 et puis aujourd’hui avec un contexte qui a changé aussi bien en Chine qu’à l’internationale, Xi Jinping qui a su se faire élire avec le soutien d’un peu tout le monde en représentant plus les intérêts conservateurs, on peut lier ça au nouvel affrontement avec les États-Unis et à la stratégie beaucoup plus offensive de l’impérialisme chinois avec le “Go global” développé sous Hu Jintao et une nécessité de recentraliser réétatiser et surtout remilitariser pour la future guerre avec Taiwan.

Cependant, cette lutte n’est pas totalement achevée vu que certains tuanpais ou même des New Left [5] restent en opposition à l’administration xiiste. C’est ainsi que la campagne anti-corruption s’est révélée utile pour que Xi élimine ses opposants politiques afin de maintenir la dictature de sa fraction qui représente la bourgeoisie bureaucrate publique. Xi a beaucoup arrêté ses opposants au nom de cette campagne. Dans ces personnes arrêtées pour corruption on y retrouve une célèbre personnalité de la New Left  chinoise, Bo Xilai. 

Certains même en France connaissent l’affaire Bo Xilai, et il est vrai qu’il y a de nombreuses preuves ou au moins éléments suspect qui pourrait faire croire à une réelle corruption, et loin de nous l’idée de faire passer cette New Left pour autre chose que de petits apparatchik populistes opportunistes usant de la nostalgie et de quelques mots clés révolutionnaire pour se garantir leur postes.

La réalité de la politique en Chine, c’est que tout le monde est plus au moins corrompu, et que quand une affaire tombe, ce n’est pas vraiment à cause de la corruption. La corruption dans les rangs de la faction qui se trouvera un moment donné au pouvoir sera toujours tolérée. Ce ne sont que des jeux politiques. Cela nous importe peu, nous voulons apporter une analyse nouvelle de cette lutte des fractions avec une analyse marxiste. Cette lutte des fraction n’est pas uniquement une lutte de deux groupes politique mais aussi une lutte entre les représentants de la bourgeoisie bureaucrate privée et publique.

Nous ne savons pas quel a été l’élément déclencheur de la purge, mais étant donné le contexte politique tendu avec Taïwan, il est fort possible qu’un désaccord ai eu lieu sur cette question ayant conduit a la purge.

Il convient également de souligner que la Chine prépare actuellement une guerre contre Taïwan afin de réaliser leur objectif ultime : la réunification de la Chine. Ainsi, afin de maintenir une stabilité au sein de la direction de l’armée populaire, il est important de mener une purge des anciens généraux promus sous la période tuanpai et de mettre à la place des xiistes. 

De surcroît, il est important de préciser que la purge de certains dirigeants ne va pas amener la libération du prolétariat chinois. De fait, la bourgeoisie bureaucrate pille déjà dans la poche des masses populaires. La purge de quelques dirigeants bourgeois n’est qu’un jeu politique pour apaiser la contradiction de classe qui est de plus en plus considérable !

Nous voyons beaucoup de personne se réjouir de ces purges, surnommant Xi Jinping « Mr. Anti-corruption » et se réjouissant a chaque fois qu’une nouvelle affaire de corruption tombe et se termine en prison ferme ou même condamnation à mort. Cependant, il faut garder en tête que ces purges ne se font pas pour « attaquer la bourgeoisie bureaucratique corrompue au sein du parti » comme certains communistes pourraient penser de bonne foi. Il ne faut pas méprendre ces manœuvres politiques avec une lutte contre la bourgeoisie au sein de la société chinoise.

La bourgeoisie dirige la société chinoise depuis la restauration capitaliste, et ces luttes sont bien entre deux factions au sein de la bourgeoisie et de leur représentant et non entre un parti communiste des classes révolutionnaires et une bourgeoisie isolée et corrompue.

Ajoutons que la bourgeoisie essaie de chercher quelqu’un afin que la colère des masses se concentre sur un bouc émissaire et non sur l’ensemble de la bourgeoisie bureaucrate ! Nous devons exposer nettement l’objectif caché de la bourgeoisie avec ce jeu politique. Nous devons soutenir la reconstruction du Parti Communiste Chinois et nous précisons que seule la fin de cette dictature de la bourgeoisie peut ouvrir la voie de la libération du prolétariat chinois !

À bas le révisionnisme chinois !

La Guerre populaire jusqu’au communisme !

Notes : 

[1] 刘上靖. (2026, January 24). 张又侠、刘振立涉嫌严重违纪违法被立案审查调查 – 中华人民共和国国防部. 张又侠、刘振立涉嫌严重违纪违法被立案审查调查. Retrieved February 3, 2026, from http://www.mod.gov.cn/gfbw/qwfb/16439106.html

[2] 解放军报. (2026, January 24). 坚决打赢军队反腐败斗争攻坚战持久战总体战. Retrieved February 3, 2026, from https://zqb1.cyol.com/pc/content/202601/25/content_421591.html

[3] Tuanpai est la fraction libérale au sein du Parti Communiste Chinois. Les tuanpais veulent approfondir la réforme et l’ouverture, certains veulent même copier le modèle occidental et de totalement libéralisé.

[4] La période Hu-Wen fait référence à l’administration dirigée par Hu Jintao et Wen Jiabao ( deux tuanpais ).

[5] La New Left (« Nouvelle Gauche ») désigne toutes les personnalités de gauche qui se sont apparues à la fin du millénaire. La définition de New Left est assez différente. Celui-ci s’explique par le fait qu’en réalité la New Left designe tout mouvement qui est nouveau par rapport à la Old Left (“Vielle Gauche”). Ainsi, la New Left englobe divers idéologies ce qui explique la différence de plusieurs définitions précise.(Nous allons définir la Old Left ci-dessous. )

La Old Left (« Vieille Gauche ») désigne un courant politique apparu en Chine dans les années 1980 autour de Chen Yun, en opposition aux réformes libérales de Deng Xiaoping. Elle défendait une économie principalement planifiée, refusait le marché totalement libre et espérait corriger les réformes de l’intérieur du Parti. Bien qu’elle soit diverse dans ses positions, elle ne considérait généralement pas que la Chine était devenue capitaliste après 1976  (En réalité, ceci n’est pas le critère décisif pour être qualifié de Old Left, cependant le critère qui suit est décisif) et privilégiait une évolution progressive plutôt qu’une rupture révolutionnaire. Avec le temps, son influence a fortement diminué, même si ses idées continuent d’être défendues par une partie de la gauche chinoise.