
En 1996, 5 ans après la chute de l’URSS dans une période considérée par l’idéologie dominante comme étant l’instant où le capitalisme a prouvé sa supériorité et que à partir de maintenant, le socialisme n’est plus à débattre mais à enterrer, les révolutionnaires réellement communistes, conscients de l’état de décomposition de l’URSS au moment de son effondrement savaient déjà que cet effondrement ne faisait que prouver la supériorité du socialisme sur le révisionnisme social impérialiste soviétique.
Alors dans cette période considérée comme la preuve du capitalisme, comme la fin de l’histoire, dans un petit pays d’Asie du sud, le peuple décida de se révolter contre le régime féodal et néo-colonial grâce à la guerre populaire. Cette histoire c’est celle de la révolution népalaise comment elle a démarrée mais surtout pourquoi elle a échoué à construire un état socialiste sur le toit du monde.
Tout d’abord un peu de contexte :
Le Népal est un pays d’Asie du sud au nord de l’inde dans la chaîne de montagne de l’Himalaya, avec un population de 30 millions d’habitants, malgré son air de petit pays il fait à peu près un tiers de la France avec un population plutôt conséquente, c’est un peu l’équivalent en Europe de si le Bénélux ne formait qu’un pays.
De 1990 à 2008 le Népal a connu d’importants changements politiques, à commencer par la chute du système du Panchâyat et l’élaboration d’une nouvelle Constitution. Cette Constitution marquait une rupture avec le passé en introduisant une “démocratie multipartiste”, où le parti majoritaire formait le Gouvernement et l’exécutif était responsable devant la législature. Toutefois, le roi conservait des pouvoirs considérables, notamment celui de contrôler l’armée et de déployer des pouvoirs d’urgence, tout en maintenant le Népal comme le seul État hindou et le népalais comme langue officielle unique.
Lors des premières élections sous ce nouveau système, tenues en mai 1991, le Parti du Congrès obtint la majorité, et le Parti Communiste du Népal (Marxiste-Léniniste unifié) obtint également un nombre significatif de sièges. Cependant, les divisions internes au sein du Parti du Congrès et l’opposition croissante conduisirent à une crise politique. L’incapacité du Parti du Congrès à résoudre ses conflits internes et à aborder les problèmes socio-politiques, y compris les désaccords concernant le nouvel accord avec l’Inde, ouvrit la voie à une instabilité continue. Cela mena à de nouvelles élections en novembre 1994, où le PCN (Marxiste-Léniniste unifié) devint le plus grand parti, mais aucun parti n’obtint de majorité absolue, entraînant un Gouvernement fragmenté et une instabilité persistante.
Le Gouvernement dirigé par les communistes, formé en 1994, poursuivit des politiques modérées mais eut du mal à faire adopter des lois faute de soutien majoritaire. La crise politique s’aggrave avec des changements constants de coalitions, des scissions internes et l’incapacité à résoudre l’insurrection maoïste croissante. Le Parti du Congrès continua de diriger, mais à partir de 2001, la monarchie sous le roi Gyanendra adopta une position plus autocratique. Cela inclut la purge du Gouvernement et la consolidation du pouvoir royal.
L’insurrection maoïste, qui avait débuté en 1996, s’intensifia alors que le système politique échouait à répondre au mécontentement croissant. En 2001, le roi déclara l’état d’urgence, et en 2002, il dissout le Parlement et prit directement le contrôle du Gouvernement.
Cependant, des manifestations massives en 2006, menées par une coalition de sept partis politiques et les insurgés maoïstes, contestèrent la légitimité de la monarchie.
Le 24 avril, le roi fut contraint de céder et annonça la reconvocation du Parlement. Il nomma le président du Parti du Congrès, Koirala, comme nouveau Premier ministre. Dès lors, les changements se succédèrent rapidement : le nouveau Gouvernement prêta serment en présence du Premier ministre et non du roi, et deux jours plus tard, le Parlement vota à l’unanimité pour organiser des élections afin de former une assemblée constituante. Dans les jours qui suivirent, une réduction radicale des pouvoirs du roi fut votée, et le Népal devint un État laïque. Le roi n’avait désormais qu’un rôle symbolique, tandis que les réformes se mettaient en place.
Les maoïstes, d’abord hésitants, finirent par accepter la situation, et un cessez-le-feu fut signé, ouvrant la voie à des négociations. Le 16 juin 2006, un accord de huit points fut conclu, prévoyant la formation d’un Gouvernement provisoire incluant le PCN(maoïste) et la mise en place d’un système multipartiste. Le contrôle des armes fut placé sous la supervision de l’ONU, et les gouvernements locaux maoïstes furent dissous. Les négociations se poursuivirent pendant plusieurs mois, et le 21 novembre 2006, un accord final mettait fin à la guerre civile de dix ans.
La réforme constitutionnelle et l’abolition de la monarchie prenaient encore du temps. En décembre 2007, le Parlement décida d’abolir la monarchie, et les élections pour l’assemblée constituante eurent lieu en avril 2008, avec le PCN (maoïste) en tête. Le 28 mai 2008, la monarchie fut officiellement abolie, et le Népal devint une république présidentielle. Peu après, un gouvernement de coalition fut formé sous la direction de Prachanda, le leader maoïste.
Cette transition s’inscrit dans un contexte de développement capitaliste rapide, où une grande partie de l’économie se tournait vers le secteur secondaire et tertiaire, au détriment de l’agriculture, ce qui entraîna une hausse de la pauvreté rurale et des inégalités. L’expansion du capitalisme népalais s’accompagna d’une exploitation accrue, de la pauvreté et d’une inégalité sociale croissante, exacerbée par des investissements publics insuffisants dans les secteurs sociaux tels que l’éducation et la santé.
Voilà pour le contexte mais alors qu’en est il de ce nouvel état népalais ?
La révolution a-t-elle atteinte son objectif ?
L’article 8, section 4 de la Constitution népalaise stipule que le Népal est un État indépendant, indivisible, souverain, laïque, inclusif, démocratique, et orienté vers le socialisme.
La constitution d’un pays représente la loi fondamentale qui définit les principes et valeurs que l’État doit respecter. La Constitution népalaise, adoptée en 2015, est le résultat d’une décennie de guerre civile qui a coûté la vie à environ 17 000 personnes et déplacé plus de 50 000 personnes issues de diverses communautés, notamment les groupes autochtones et les Dalits. Ces derniers ont rejoint l’insurrection maoïste dans l’espoir d’établir un Népal égalitaire, juste et socialiste, un contraste frappant avec la société conservatrice et hiérarchique qui s’était développée sous la monarchie hindoue, dominante depuis 300 ans.
La clique de Prachanda a espéré développer pacifiquement et “démocratiquement” le Népal en un État socialiste. Leur principale exigence pour la paix était l’organisation d’un référendum pour abolir la monarchie, la mise en place d’un Gouvernement fédéral, et la rédaction d’une nouvelle Constitution par une assemblée constituante élue par le peuple.
Cependant, après 19 ans de paix et neuf ans depuis l’adoption de la nouvelle Constitution, le développement d’une économie socialiste semble totalement absent de l’agenda du Gouvernement népalais. Les partis dits socialistes et marxistes continuent de s’appuyer sur des discours révolutionnaires pour accéder au pouvoir, tout en négligeant leurs promesses une fois en poste. Les « maoïstes » ont depuis longtemps abandonné l’idéologie marxiste-léniniste-maoïste au profit du réformisme, trahissant ainsi les principes de leur propre révolution.
Alors, comment le Népal en est-il arrivé là ? Comment un pays avec une longue histoire de soutien au socialisme et au marxisme, et ayant traversé sa propre révolution maoïste, en est-il venu à ignorer toute forme de réforme socialiste authentique ?
La réponse réside en partie dans le néocolonialisme. Ce dernier désigne une situation où un pays théoriquement indépendant est en réalité soumis à une influence économique et politique extérieure. Bien que le Népal n’ait jamais été colonisé de manière formelle, depuis les années 1950, il a dépendu de l’aide étrangère pour son développement. Ce recours à l’aide internationale s’est intensifié dans les années 1980, sous la monarchie absolue de la période Panchâyat, marquée par l’isolement politique du Népal.
Le Gouvernement népalais, après la chute de la monarchie en 1991 et l’émergence de la deuxième ère démocratique, a continué de dépendre des prêts d’organisations internationales comme la Banque mondiale et le FMI. Ces prêts ont souvent été conditionnés par l’implémentation de réformes économiques néolibérales, transformant progressivement l’économie népalaise d’un modèle protectionniste vers un marché libre. Cela a entraîné une série de réformes néolibérales sous forme de programmes d’ajustement structurel, imposant des privatisations massives, la réduction des dépenses publiques et une dérégulation de l’économie.
Le secteur bancaire du Népal, ainsi que l’éducation et d’autres secteurs clés, ont été profondément affectés par ces réformes. La privatisation de l’éducation, par exemple, a transformé l’éducation en une marchandise, creusant les inégalités sociales. Le système bancaire, quant à lui, est de plus en plus dominé par des cartels liés aux élites politiques, alimentant la concentration de la richesse entre les mains d’une petite élite. Les intérêts accumulés par les banques sont issus de prêts et d’endettements, ce qui empêche une véritable production industrielle et consolide le pouvoir économique de l’élite au détriment des classes ouvrières.
En outre, la dépendance du Népal vis-à-vis des importations en provenance d’Inde a exacerbé sa vulnérabilité économique. Le commerce sans taxes entre les deux pays a permis à l’Inde de dominer l’économie népalaise, avec des conséquences dramatiques pour les agriculteurs locaux, qui sont contraints de vendre leurs produits à perte, inondés par les légumes importés d’Inde. Cette relation déséquilibrée a permis à l’Inde d’exercer une pression politique sur le Népal, comme le montre le blocus imposé en 2015 après le tremblement de terre.
En 2023, la situation est encore plus préoccupante : 26 % du PIB du Népal provient des envois de fonds, car l’industrie du pays reste sous-développée. Ainsi, le Népal, autrefois terre de révolution, est devenu un simple fournisseur de main-d’œuvre pour les nations impérialistes, avec une jeunesse en fuite à la recherche de meilleures opportunités, souvent dans des conditions de travail proches de l’esclavage.
Mais en réalité, tous ces problèmes font partie des deux montagnes se dressant devant le peuple népalais, celles du féodalisme et du néo-colonialisme, ces deux montagnes qui ne peuvent êtres abattues que par le Parti Communiste guidé par la théorie du marxisme-léninisme-maoïsme et d’une alliance des paysans et des ouvriers, ce que le Népal possédais.
Cependant, il fut un choix politique des cadres du Parti Communiste du Népal (maoïste) de choisir une voie réformiste, de déposer les armes et de ne pas aller au bout de la guerre populaire.
Selon Prachanda, le Parti Communiste ne doit pas diriger et doit plutôt concurrencer les autres partis politiques.
« Nous voulons analyser l’expérience de la révolution et de la contre-révolution au XXe siècle sur une nouvelle base. Il y a trois ans, nous avons pris une décision dans laquelle nous avons dit que la question clé du XXIe siècle est : comment allons-nous développer la démocratie ? Cela signifie que les leçons négatives et positives du XXe siècle doivent être synthétisées pour que nous puissions avancer. Et il y a trois ans, nous avons décidé que nous devions nous engager dans la concurrence politique. Sans concurrence politique, une attitude mécanique ou métaphysique serait là. Donc, cette fois, ce que nous avons décidé n’est pas si nouveau. En août, nous avons pris des décisions sérieuses sur la manière de construire pratiquement l’unité avec les partis politiques parlementaires. Nous ne croyons pas que la guerre populaire que nous avons initiée était contre, ou principalement contre, la démocratie multipartite. Elle était principalement contre l’autocratie féodale, contre la structure féodale. [1] »
Cette thèse s’oppose à la conception communiste. L’idéologie communiste veut abolir l’État et son approche est scientifique, il n’y a pas de temps pour la « compétition ».
D’autre part, la thèse de Prachanda s’inscrit dans celle de Thorez dans son interprétation révisionniste des Démocraties Populaires en Europe de l’Est :
« Il n’y a pas eu de transition brutale vers un autre système. Il y a un phénomène que nous devons étudier et sur lequel nous devons réfléchir : le pouvoir de la classe ouvrière, le pouvoir exercé au nom de la classe ouvrière et du peuple, par un Parti Communiste qui ne serait pas seul, mais qui pourrait unir d’autres partis ; cela est aussi apparu dans nos thèses du Xe Congrès. Comme en Pologne, comme en Yougoslavie, ce pouvoir est exercé tandis que les formes parlementaires subsistent. [2] »
Selon Prachanda, le principe de la « direction communiste » est erroné.
« Lorsque nous prenons le pouvoir d’État et que nous sommes au pouvoir, nous ne ferons pas ce que Staline ou Mao ont fait. Lénine n’a pas eu le temps de traiter des questions de pouvoir. Bien que Staline ait été un révolutionnaire, son approche n’était pas aussi scientifique qu’elle aurait dû l’être, elle était un peu métaphysique, et des problèmes sont apparus. Nous avons également évalué Mao lors du plénum. Si vous regardez son leadership de 1935 à 1976 – de lorsqu’il était jeune à lorsqu’il était vieux et que même parler était difficile – doit-il rester président et tout gérer ? Qu’est-ce que cela signifie ? [1]»
Prachanda reproche explicitement à Mao d’avoir été un potentat. Il nie que Lénine ait écrit de grandes œuvres sur le pouvoir soviétique et réduit le rôle de Staline dans l’édification du socialisme en URSS. Dans une interview accordée à la revue Kantipur Publications le 7 février, il répète la même accusation :
« Les gens sont devenus monotones dans le mouvement communiste du XXe siècle, surtout après la disparition de Lénine. [3]»
Cela pourrait paraître comme une invitation à adapter notre vision du marxisme au problèmes concrets actuels que nous pouvons rencontrer au 21ème siècle, cependant tout cela n’est rien d’autre que du révisionnisme complet et une soumission totale à la propagande bourgeoise, ainsi qu’au mythe révisionniste du soi-disant « culte de la personnalité » parmi les communistes qui au bout du compte ne servira qu’à désarmer le parti, abandonner la révolution et laisser faire la bourgeoisie.
Selon Prachanda, les communistes au Népal ne devraient plus viser la révolution démocratique, mais seulement la « démocratie ».
« Autrefois, nous disions république démocratique populaire, mais cela ne signifie pas que nous avons abandonné cet objectif. C’est juste qu’en fonction de l’équilibre des pouvoirs actuel, en voyant la situation globale et les attentes des masses, et que cela ne devrait pas entraîner de bain de sang, nous croyons également, de manière responsable, qu’il faut y parvenir aussi par des moyens pacifiques. [1]»
Dans son interview accordée à Kantipur Publications le 7 février, il exprime l’impossibilité de la révolution dans un seul pays :
« Puisque nous appartenons à un parti communiste, nos objectifs maximaux sont le socialisme et le communisme. Ce sont les objectifs maximaux de tous ceux qui acceptent le marxisme, le léninisme et le maoïsme comme hypothèses philosophiques et idéologiques. Étant donné l’équilibre des pouvoirs internationaux et les réalités économiques, politiques et sociales globales du pays, nous ne pouvons pas atteindre ces objectifs pour le moment. Nous devons accepter cette réalité objective. Nous avons mentionné la république démocratique et l’assemblée constituante, avec l’idée que nous devons être flexibles en fonction de l’équilibre dans la lutte des classes et de la situation internationale. C’est une politique, pas une tactique. C’est un processus nécessaire tant pour la bourgeoisie que pour les capitalistes nationaux, sans parler de la classe moyenne. [1]»
Cette conception est fondamentalement erronée ; elle est complètement similaire à la thèse trotskyste de l’impossibilité de réaliser la révolution dans un seul pays.
Il s’agit d’une capitulation, qui s’oppose à la ligne marxiste-léniniste-maoïste, pour laquelle :
« Tant que les obstacles n’ont pas été complètement éliminés, la guerre sanglante ne peut cesser. […] On peut donc dire que la politique est une guerre sans effusion de sang, tandis que la guerre est une politique avec effusion de sang. [4]» (Mao Zedong)
Ici encore, Prachanda rejoint les thèses de Thorez :
« Les progrès de la démocratie à travers le monde, en dépit de rares exceptions qui confirment la règle, permettent d’envisager pour la marche au socialisme d’autres chemins que celui suivi par les communistes russes. [5]»
Selon Prachanda, l’établissement seul de la « démocratie » suffit à être « révolutionnaire ».
« Dans un sens global, nous pensons qu’il y a un grand bond en avant dans les conditions socio-économiques du Népal, car nous allons conduire le pays vers une structure républicaine démocratique. [1]»
Même Thorez, critiqué par les maoïstes comme révisionniste, considérait que la démocratie n’était pas une fin en soi mais qu’elle devait être approfondie dans le socialisme.
« La démocratie, une réalisation continue, sera achevée dans le socialisme. [6] »
Prachanda lui, va encore plus loin que Thorez dans la trahison de la ligne rouge.
Lorsque le pouvoir est saisi dans tout le pays, la révolution démocratique se transforme en révolution socialiste :
« L’objectif du parti est l’établissement du pouvoir politique du prolétariat, même sous la Nouvelle Démocratie où il est la classe dirigeante, et principalement l’établissement, le renforcement et le développement de la dictature du prolétariat afin, par des révolutions culturelles, de conquérir l’objectif ultime, le communisme. C’est pourquoi le prolétariat doit diriger dans tout et de manière globale. [7] » (Parti Communiste du Pérou)
Selon Prachanda, l’Armée Rouge ne préfigure pas le nouvel État et doit se dissoudre dans une « armée démocratique ».
« Dans la démocratie multipartiste qui arrive – gouvernement intérimaire, assemblée constitutionnelle et république démocratique – nous sommes prêts à avoir une compétition pacifique avec vous tous. Bien sûr, les gens ont encore des doutes à notre sujet parce que nous avons une armée. Et ils demandent si après l’assemblée constitutionnelle, nous abandonnerons nos armes. C’est une question. Nous avons dit que nous sommes prêts à réorganiser notre armée et nous sommes prêts à créer une nouvelle armée du Népal. Donc, ce n’est pas une question tactique. [1] »
Cette thèse s’oppose complètement au marxisme-léninisme-maoïsme et aux principes de la Guerre Populaire. De plus, Prachanda l’affirme également très clairement dans son interview accordée à Kantipur Publications :
« Les armes des deux côtés doivent être rassemblées et les deux armées doivent être transformées en une sous la supervision des Nations Unies ou d’une autre agence fiable […] L’armée sera formée en fonction des résultats des élections. C’est ce que vous devez comprendre. Nous l’accepterons si l’assemblée constituante dit que nous voulons la monarchie. Nous sommes flexibles jusqu’à ce point. Nous l’accepterons même si le peuple dit qu’il veut un roi actif. [3]»
Il est pourtant une évidence que même un Parti Communiste le plus sincère et hautement organisé du monde, ne peut rien sans son organisation armée! Il est impossible pour les communistes de conserver un quelconque rapport de force sans conserver leurs armes et donc la possibilité de s’insurger à tout moment !
Prachanda ne souhaitait même pas “arrêter le bain de sang” et “trouver un compromis” à la manière d’un Mao à la sortie de la guerre sino-japonaise, il voulait purement et simplement dissoudre le parti dans la république bourgeoise !
Selon Prachanda, la Guerre Populaire provient de la lutte parlementaire.
« Pendant trois ans, nous avons lutté au sein du Parlement. Pendant trois ans, nous y étions. Nos 40 points de demande ont été présentés, mais il n’y a même pas eu de discussion à ce sujet. Ainsi, les graines de notre lutte armée ont été semées à l’intérieur du Parlement, d’une certaine manière. C’est une très grande différence entre nous et, par exemple, ceux en Inde qui disent mener une guerre populaire. Ils n’ont pas commencé depuis le Parlement. Nous étions au Parlement, donc nous avons eu de bonnes relations avec les partis parlementaires pendant longtemps.[1] »
Cette thèse était inévitable, puisque Prachanda veut se présenter comme le véritable démocrate, tout comme Thorez l’a fait à son époque :
« Les communistes sont démocrates. Ils sont, de tous les démocrates, les plus conséquents, car ils entendent substituer à une démocratie encore limitée en droit et en fait une démocratie sans entraves. [8]»
Cette idée de la république bourgeoise qui serait comme une bonne mère qui prendrait soin de ses concitoyens, que les communistes devraient défendre à leur tour en parangon de la démocratie et de la défense de la république, c’est la source même de toute la sclérose du parti communiste français dès Maurice Thorez jusqu’à son apogée avec Georges Marchais et aujourd’hui le ridicule Fabien Roussel.
C’est l’attitude tendancielle de l’opportunisme, de voir une bonne position se dessiner et de vouloir s’intégrer au système bourgeois au détriment des vrais besoins de la lutte sur le long terme !
C’est exactement ce Chemin que représente en réalité la “voie Prachanda”, et les Népalais s’en rendent bien compte, avec un PCN détesté, opportuniste, qui n’utilise les discours révolutionnaire et les incantations socialistes que pour accéder à des postes de ministres ou de membre du gouvernement !
Résultant non seulement en une destruction des forces marxistes, mais aussi en un découragement et une désillusion générale vis-à-vis du socialisme parmi la population népalaise, associées à l’opportunisme des révisionniste, laissant un terreau fertile aux nationalistes hindutva, monarchistes, fascistes et autres pour se développer.
Selon Prachanda, les pays impérialistes européens peuvent jouer un rôle positif.
« Nous voulions aussi envoyer un message à la communauté internationale que nous étions différents de la manière dont nous étions projetés idéologiquement. Par exemple, en ce moment, nous avons des discussions avec l’Union Européenne et avec d’autres, mais parmi toutes les forces internationales, l’impérialisme américain est l’élément le plus dogmatique et sectaire. Les classes dirigeantes américaines sont dogmatiques. Elles ne comprennent pas ce qui se passe. Nous essayons de voir le monde d’une nouvelle manière, de changer d’une nouvelle manière, et nous voulions envoyer ce message. Et à cet égard, pendant le cessez-le-feu, nous avons eu pas mal de succès. [1] »
Caractériser les impérialistes américains comme « dogmatiques » ne signifie rien, pas plus que de négocier avec d’autres forces impérialistes. La thèse de Prachanda ne sert qu’à justifier l’exploitation des pays impérialistes et la continuation des politiques d’aides et de soumission qui persistent encore jusqu’à aujourd’hui malgré plusieurs gouvernements communistes. Toujours rien n’a été fait pour mettre en place les premières base d’une socialisation des moyens de production, rien n’a été fait pour mettre en place une véritable réforme agraire (car à ce point, la révolution agraire n’est même plus au programme, même les miettes ils n’ont pas été capable d’en ramener) et finalement beaucoup ont l’impression d’avoir donner leur vie, lutter les armes à la main, pour rien du tout, rien n’a changé depuis la destitution du roi. Simplement tout les 5 ans le Népal a le droit à une petite mascarade électorale pour faire croire à la population qu’ils ont la main sur le pays alors que le rapport de force n’a pas bougé d’un pouce, à l’exception d’un acteur principal aujourd’hui manquant: la force des communistes organisés.
Selon Prachanda, les maoïstes en Inde doivent négocier avec l’ancien État indien :
« Et si vous estimez que le mouvement Naxalite en Inde est un problème pour vous, nous estimons que nous essayons de résoudre les problèmes au Népal d’une nouvelle manière, donc si vous libérez nos camarades et que nous réussissons à établir une démocratie multipartiste au Népal, alors cela sera un très grand message pour le mouvement Naxalite en Inde. En d’autres termes, le terrain sera préparé pour eux afin qu’ils pensent d’une nouvelle manière politique. [1]»
C’est une proposition directe pour une alliance avec l’expansionnisme indien !
C’est un appel à la contre-révolution mondiale et à la capitulation des camarades qui n’ont pas encore sombré dans l’opportunisme crasse.
Comme nous pouvons le voir, les thèses de Prachanda s’inscrivent directement dans le révisionnisme propagé depuis quelque temps par le CPN(M) ; ce révisionnisme, caché derrière « la démocratie », avait déjà été utilisé par Thorez chez nous, et est encore incarné par le P »C »F, le PTB, le PCN et d’autres partis supposément communistes/marxistes, qui jettent la dictature du prolétariat et les thèses les plus fondamentales du marxisme léninisme pour le PCF et du maoïsme pour le PTB et le PCN par la fenêtre !
Le RCPUSA (parti de Bob Avakian), par le biais du Mouvement International Révolutionnaire, a certainement influencé le CPN(m).
Le leader du RCPUSA, Bob Avakian, défend ouvertement ses thèses révisionnistes et « démocratiques ».
Selon lui, le communisme est une « possibilité » parmi d’autres, c’est pourquoi il rejette le principe de « l’inévitabilité », affirmant que « le monde ne s’est pas déroulé comme Marx et Engels l’avaient anticipé. » (janvier 2005, Revolutionary Worker n°1266).
Il prétend que « dans certains cas, les bolcheviks avaient une sorte d’approche de ‘mafia’ dans certaines régions, en particulier pendant la guerre civile qui a suivi la révolution d’octobre 1917. » (décembre 2004, RW n°1262), qu’il y avait parmi les communistes une tradition « autocratique » d’une certaine manière.
C’est pourquoi le RCPUSA se concentre sur Bush « l’antidémocrate », tout comme les révisionnistes népalais luttent pour une « véritable république démocratique ».
La « république démocratique » au Népal est devenue le nouvel idéal de ceux qui ont déjà rejeté Staline et qui échangeront demain même le drapeau usurpé du marxisme-léninisme-maoïsme contre un drapeau « ultradémocratique ».
Il n’y a rien de nouveau dans ces mouvances, l’abandon de la guerre populaire pour céder au réformisme est le plus grand danger pour les partis révolutionnaires, d’où l’importance d’un des documents fondateur du MLM “élections non, guerre populaire oui” du Parti Communiste du Pérou expliquant très bien la question des élections et du réformisme.
La guerre populaire avait tout pour réussir au Népal, ce sont les traitres au sein du parti qui on décidé de désarmer le parti, de laisser le pays être géré par des capitalistes, d’usurper les drapeaux rouges pour récupérer des places de fonctionnaires bien payés et de vendre leur pays a l’impérialisme , c’est la même mouvance liquidationniste qui a empêché la révolution au Pérou qui avait pourtant tout pour réussir, c’est cette même tendance que l’on retrouve encore en Colombie chez les FARCS, qui a conduits a la destruction totale des tout les partis communistes européens sous de faux prétextes n’utilisant comme arguments que de la propagande anti-communiste honteuse et des platitudes idéalistes peintes en rouge pour mieux l’avaler, c’est cette mentalité qui a d’une certaine manière empêché la guerre populaire en France de prendre le pouvoir lorsque des villes entières étaient libérées par les travailleurs communistes, lors des grandes grèves du Nords et actions de résistances de nos aïeux, ce sont les cadres révisionnistes des partis communistes européens qui ont eux même détruit l’organisation de la classe ouvrière et dont nous devons encore recoller les morceaux 80 ans plus tard !
Alors voici ce que l’on doit retenir de l’expérience socialiste du Népal : À bas le réformisme, à bas les élections bourgeoise! à bas le révisionnisme! à bas les liquidationnistes ! à bas les capitulationnistes ! Guerre populaire jusqu’au communisme!
Notes
[1] Varadarajan, S. (2006, 10 février). Transcript of the complete Prachanda interview. Siddharth Varadarajan. https://svaradarajan.com/2006/02/10/transcript-of-the-complete-prachanda-interview/
[2] Prachanda, Follower of Modern Revisionism. (2011, 28 juillet). The Espresso Stalinist. https://espressostalinist.com/2011/07/28/prachanda-follower-of-modern-revisionism/
[3] Interview with Prachanda. Countercurrents.org. https://countercurrents.org/nepal-prachanda080206.htm
[4] Problèmes stratégiques de la guerre révolutionnaire en Chine. (s. d.). Bibliothèque Marxiste. https://www.bibliomarxiste.net/auteurs/mao-zedong/problemes-strategiques-de-la-guerre-revolutionnaire-en-chine/
[5] Maurice Thorez et l’interview au Times. (s. d.-b). https://materialisme-dialectique.com/maurice-thorez-et-linterview-au-times/
[6] Cahiers du communisme, numéro spécial de juillet-août 1959, p. 60.
[7] Line of Building the Three Instruments of the Revolution. https://redlibrary.info/works/pcp/line-of-building-the-three-instruments-of-the-revolution
[8] Institut Maurice Thorez. (1972). CAHIERS DE L’INSTITUT MAURICE THOREZ. https://pandor.u-bourgogne.fr/pleade/functions/ead/detached/CH/CH_1972_3T_4T_n28.pdf
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