Ce qui s’est passé à Jiangyou : derrière les émeutes, une colère populaire

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Auteur: Dao Chongyuan

Le 2 août, une vidéo montrant une femme victime de harcèlement à Jiangyou, dans le Sichuan, s’est répandue sur internet. La vidéo montre plusieurs jeunes femmes en train d’agresser violemment une autre jeune femme. Pendant l’agression, l’une des assaillantes déclare : “Tu crois qu’on a peur de toi ? Ce n’est pas comme si on n’y était jamais allées [en prison] .” Une autre fille à côté ajoute : “Je sais que vous y êtes déjà allées plus de dix fois [ en prison] .”

Les autorités ont rapidement minimisé l’affaire, invoquant notamment que la jeune femme n’avait subi que des blessures légères. Le 4 août, la population de Jiangyou est descendue spontanément dans la rue pour protester contre le jugement des autorités et exiger une punition sévère des harceleurs. Mais dès le début des manifestations, la police a procédé à une répression continue. Dans la nuit du 5 août, les forces de l’ordre ont lancé une vaste opération d’arrestations.

Nous publions ici une traduction non-officielle de la Déclaration du peuple de Jiangyou concernant la complicité du Bureau de la sécurité publique de la ville dans l’affaire de harcèlement publié dans Wujiang Commentaire-MLM (乌江评论-马列毛主义). Cette déclaration résume l’évènement de Jiangyou et explique la raison de ces « émeutes » :

Déclaration du peuple de Jiangyou concernant la complicité du Bureau de la sécurité publique de la ville dans l’affaire de harcèlement

Le 4 août 2025, le Bureau de la sécurité publique de Jiangyou a publié un communiqué, annonçant que plusieurs mineures avaient exercé des actes d’intimidation, de menace et de coups sur une autre mineure. La police a déclaré que les auteurs seraient envoyées dans une école spécialisée pour être rééduquées.

Les informations disponibles sur les réseaux sociaux permettent de trouver facilement des vidéos liées à l’affaire de harcèlement à Jiangyou. Mais si vous lisez les commentaires, vous ressentirez une forte colère du public, comme si la police essayait de cacher quelque chose. Ce n’est pas une affaire simple, et c’est ce qui a provoqué l’explosion de colère entre les citoyens de Jiangyou et la police locale.

Des personnes d’autres régions, en voyant cette affaire et le communiqué de la police, pourraient ne pas comprendre pourquoi cela a déclenché une telle réaction ici à Jiangyou. Du point de vue du droit, le harcèlement scolaire, s’il est commis par des mineurs, peut ne pas être puni pénalement. S’il en est ainsi, pourquoi cette indignation ? C’est parce que les faits ne s’arrêtent pas là. Toutes les vidéos et preuves montrent que les faits décrits dans le communiqué de la police sont faux.

Le harcèlement étant commis par des mineurs, ils ne peuvent pas être condamnés pénalement. Mais la loi prévoit tout de même une période de rééducation en établissement spécialisé. La déclaration de la police mentionne cela, mais dans les faits, les agresseurs n’ont pas été envoyés en rééducation. Ils ont été libérés et ont pu se rendre dans la rue commerçante de la ville. Les familles des victimes savent très bien que cela n’a pas été appliqué. Le vrai problème n’est donc pas que les harceleuses sont mineures, mais qu’elles n’ont en réalité pas été punies.

Tout le monde peut aussi se rendre compte, en regardant la vidéo, qu’une des harceleuses dit : “Mon père travaille à la police, je n’ai pas peur de toi.” Une autre dit : “Je suis déjà rentrée et ressortie plusieurs fois, à chaque fois je ne reste même pas 20 minutes.”
Si elles parlent ainsi, ce n’est pas seulement parce qu’elles sont mineures, mais parce qu’elles savent que leur environnement leur permet d’échapper aux conséquences. Cette impunité montre bien que les autorités de Jiangyou n’ont jamais puni sérieusement les faits de harcèlement. Et tant que cette politique de complaisance persistera, le harcèlement ne cessera pas.

En réalité, le harcèlement violent à Jiangyou n’en est pas à sa première occurrence. Cette fois, c’est simplement que les habitants ne pouvaient plus tolérer l’injustice. Ils ont atteint leur limite. Ce genre de violences répétées est le produit d’un système profondément corrompu au sein du Bureau de la sécurité publique de Jiangyou. Cela fait longtemps que le peuple est en colère. Cette affaire de harcèlement n’en est que le déclencheur ; c’est la complaisance constante des autorités locales envers ces violences qui a finalement fait exploser la colère du peuple.

La mère de la jeune fille est sourde-muette, le père est un homme honnête. Ils voulaient simplement obtenir justice pour leur fille. Mais ce qu’ils pouvaient faire, c’était de se prosterner devant le vice-maire adjoint, la tête contre le sol. En tant que parents, en tant qu’individus, ils sont faibles, impuissants, facilement opprimés sans pouvoir se défendre. Mais ils ne sont pas seulement des individus ou une famille. Ils font partie du peuple. Derrière eux, c’est le peuple de Jiangyou qui se tient debout.

Le 4 août, les courageux habitants de Jiangyou sont allés devant le gouvernement municipal pour manifester pacifiquement et exprimer leur appel, espérant que le gouvernement pourrait encore rendre justice à une famille ordinaire. Même si les coupables ne sont pas punis pénalement, au moins que les agresseurs soient vraiment soumis à des sanctions administratives. Ils n’ont pas brisé d’installations, n’ont pas exercé de violence physique. Ils sont restés pacifiques. Mais ils ont été réprimés brutalement par la police. Des ambulances transportaient des blessés parmi les manifestants. Une fourgonnette aux vitres opaques, que nous soupçonnons être un fourgon de police, emmenait de force les manifestants.

Les citoyens de la République populaire de Chine jouissent du droit à la liberté d’expression, de presse, de réunion, d’association, de déplacement, de manifestation. Si ces droits définis par la Constitution ne sont que des mots creux, alors à quoi servent-ils ?

L’appel du peuple de Jiangyou est une expression sincère de l’esprit de la Constitution. Pourquoi réprimer le peuple qui manifeste pacifiquement ? La Constitution stipule clairement que “la République populaire de Chine est un État socialiste de dictature démocratique populaire dirigé par la classe ouvrière et basé sur l’alliance ouvrier-paysan”. Le peuple est le maître du pays. La police de Jiangyou, censée servir le peuple, est-ce ainsi qu’elle traite les maîtres du pays ?

Les criminels doivent être punis, mais user de la violence contre le peuple qui exprime des demandes légales ne fait que révéler la corruption profonde du système policier de Jiangyou.

À ce stade, tout est clair : cette manifestation n’est pas seulement une réponse aux agresseurs de l’affaire de harcèlement, c’est la riposte du peuple de Jiangyou contre un système pourri. C’est la confrontation entre les citoyens et un appareil administratif devenu le défenseur des criminels.

Nous ne sommes pas des émeutiers. Nous sommes des Chinois dignes, des habitants courageux de Jiangyou, des Sichuanais avec du sang dans les veines, des citoyens chinois avec une conscience. Nous espérons que tout le pays verra cela, nous comprendra, nous soutiendra. Nous demandons que les autorités nationales enquêtent sérieusement, révèlent la vérité. Nous demandons aux médias de couvrir les faits, de rapporter les réalités. Nous exigeons que les agresseurs reçoivent la punition qu’ils méritent, et nous exigeons une purge complète de la pourriture au sein du Bureau de la sécurité publique de Jiangyou. Nous attendons ardemment l’arrivée de ce jour.

Que tous les opprimés s’unissent !!!
Gloire éternelle au peuple héroïque de Jiangyou !!!
Gloire éternelle au peuple héroïque du Sichuan !!!
Gloire éternelle au peuple héroïque de Chine !!!

Cette déclaration a bien expliqué l’enjeux de cette évènement. Ce n’est pas une question d’harcèlement, le problème ici est la complicité de la police chinoise voire du Gouvernement de Jiangyou ! Ces soi-disant « émeutes » ont été crée par la police et le Gouvernement populaire de Jiangyou eux-mêmes, si seulement ils avaient réellement appliqué les punitions destinés aux harceleurs, il n’y aurait pas eu une si grand émeute.

Le début de l’année, le 10 février, nous avons publié un article parlant d’un autre évènement qui est également lié à la complicité du Gouvernement local et de la police :

Ces deux évènements sont les deux principaux évènements qui ont eu de la visibilité. Cependant, il y a des cas moins connu mais de même gravité. Ces évènements nous montre une fois encore qu’après le coup d’état de Huairentang, la nature du Gouvernement chinois a radicalement changé ! Le Gouvernement du peuple est devenu le Gouvernement des capitaux ! La machine de répression a montré ses armes sur son propre peuple ! Ce n’est pas normal que la police aide les oppresseurs à réprimé les opprimés !

Aujourd’hui, sous la violente répression du régime révisionniste, le soulèvement de Jiangyou a été temporairement contenu. Mais l’hymne de la résistance du peuple de Jiangyou ne s’est jamais interrompu. Dans ce mouvement spontané, le peuple de Jiangyou s’est dressé en exemple pour tout le pays. Le sang encore visible sur le bitume des rues est l’insigne impérissable de leur héroïsme. Néanmoins, la solution qui mettra fin à cette infinie reproduction d’évènements identiques est la Révolution : la Chine a besoin de reconstruire un parti communiste militarisé, guidé par le Maoïsme ! La solution est de transformer ces luttes spontanées, anarchiques en des luttes organisés, dirigé par un nouveau parti communiste !