
Nous avons traduit cet article des camarades chinois pour que les camarades français comprennent les événements de Pucheng et la situation actuelle de la révolution chinoise.
Récemment, un mouvement de protestation à Pucheng, dans le Shaanxi, a suscité une large attention sociale. L’élément déclencheur de cet événement a été une tragédie choquante sur un campus : un élève est tombé d’un immeuble et a malheureusement perdu la vie. Or, non seulement l’administration de l’école a cherché à étouffer l’affaire, mais elle aurait également couvert les responsables des violences, tentant ainsi de dissimuler la vérité. Lorsque la famille de la victime a insisté pour obtenir des éclaircissements, elle a été violemment réprimée par la police. Cet usage flagrant de la force a agi comme une étincelle, ravivant une colère sociale longtemps contenue et déclenchant une vague de protestations à grande échelle.
Cette vague de protestation ne se résume pas à une simple explosion de colère populaire ; elle reflète également l’oppression profonde et l’éveil du prolétariat chinois dans la société actuelle. Par le passé, certaines théories de la gauche large considéraient que les classes populaires en Chine n’avaient pas une conscience suffisante de l’exploitation qu’elles subissaient et qu’en conséquence, elles ne percevaient pas la nécessité d’une résistance de grande ampleur, voire d’une grève nationale. Selon cette perspective, la gauche large estimait que la lutte des classes ne pouvait atteindre un stade supérieur qu’avec l’émergence de partis organisés et d’actions de lutte conscientes.
Cependant, cette perspective ne prend pas en compte la psychologie profonde et la logique d’action des classes populaires. L’événement de Pucheng montre clairement que les masses ne sont pas dans l’attente passive d’une organisation venue d’en haut pour les guider ; face à l’oppression et à l’injustice, elles déploient spontanément une force de résistance. Si elles osent agir, c’est précisément parce qu’elles ont une conscience aiguë de leurs conditions de vie et qu’elles ne peuvent plus supporter l’oppression et la violence systémiques. Pour elles, cette protestation ne se limite pas à la défense d’un intérêt particulier, mais constitue une lutte pour leurs droits fondamentaux et la justice sociale, ce qui met en lumière les lacunes de la théorie de la gauche large. Par ailleurs, cette théorie insiste sur la nécessité d’une organisation, mais de quelle organisation parle-t-on ? S’agit-il de leurs petits réseaux réformistes intégrés au système, ou d’un simple club de petits-bourgeois ?
Bien que l’émotion suscitée par la protestation soit intense, il faut reconnaître que cette résistance en est encore à un stade spontané. En analysant la forme et les modalités de l’action, on constate que, malgré leur afflux massif dans les rues et l’expression véhémente de leur colère, les masses manquent d’une direction unifiée et d’un objectif clair. Leur mobilisation s’apparente davantage à une explosion désordonnée qu’à une lutte structurée. Si ces protestations portent une voix puissante, elles souffrent d’un manque d’organisation et de stratégie, rendant leurs actions dispersées et fragiles. Face aux forces de répression, la résistance populaire semble impuissante : chaque cri est chargé de colère, mais il peine à ébranler les fondations du système. À terme, sans coordination et sans perspective de long terme, cette révolte risque de s’essouffler sous le poids de la répression, perdant ainsi sa dynamique.
C’est précisément cette situation que de nombreux marxistes-léninistes-maoïstes ont su identifier et mettre en garde. Bien que la colère et la mobilisation des masses méritent d’être soutenues, il est essentiel de comprendre qu’en l’absence d’une direction claire et d’une stratégie cohérente, la simple explosion de rage et d’actions spontanées ne peut aboutir à un changement profond. La véritable force révolutionnaire ne repose pas sur des protestations éphémères, mais sur une organisation rigoureuse et un plan d’action structuré. Pour que la résistance puisse se maintenir et gagner en efficacité, il est impératif de développer des structures organisationnelles solides, capables de canaliser l’énergie des masses et de transformer la révolte en une force de transformation réelle.
Certaines franges de la gauche large ont tendance à surestimer le rôle des petites organisations, pensant que des initiatives comme les soi-disant « groupes d’intégration ouvrière » — qui ne sont en réalité que des cercles de grève passive — pourraient suffire à faire passer les luttes spontanées à un stade plus conscient. Or, de nombreux ouvriers et travailleurs sont déjà capables de s’organiser par eux-mêmes dans leur vie quotidienne, sans dépendre d’une quelconque guidance extérieure. Ce qui peut réellement jouer un rôle décisif, ce n’est pas la multiplication de ces petites structures réformistes, mais l’existence d’une force capable, dans les moments cruciaux, d’unifier et de diriger les masses vers une action concertée. Une telle force ne peut exister sans une base théorique solide et une stratégie de lutte flexible. Seul un réseau clandestin révolutionnaire bien structuré peut, lorsqu’un soulèvement éclate, fournir la puissance organisationnelle nécessaire et permettre au prolétariat de concentrer ses forces contre le système. Ce type d’organisation, bien qu’impliquant une discipline rigoureuse et le sacrifice de certaines libertés individuelles, est la condition nécessaire à la conquête d’une liberté véritable et complète.
Les protestations de Pucheng montrent que le mécontentement social peut éclater à tout moment et que la colère des classes populaires est une force qu’on ne peut ignorer. Bien que la répression puisse temporairement écraser ces révoltes, une lutte organisée et planifiée permettrait non seulement de consolider cette énergie, mais aussi de jeter les bases des transformations futures. La véritable victoire ne se mesure pas à l’intensité des cris scandés lors des manifestations, mais à la capacité d’une organisation structurée à maintenir une dynamique de lutte et à mener des changements profonds et durables dans la société.


